Elle renversa sa tête en arrière,et alors, Rodrigo la retint par la taille, la couvant d’un regard passionné. Les yeux tels de la braise, dans sa main il tenait un bouquet de roses rouge…

 

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« Chééérie ? »

Précipitemment, Fouzia, appuya fébrilement sur les touches de la télécommande et écrasa son pouce sur la touche off. Pas question que son mari la voit en train de regarder « sous les tropiques de la passion ». Il n’était pas du tout télévision. Et ne la tolérait que parce qu’il savait qu’il était dur pour sa femme de s’en passer. Néanmoins, il lui avait imposé des limites : celle de ne pas perdre toute sa journée sur l’écran et de prendre des cours religieux et d’arabe à côté.

Ce qu’elle faisait, d’ailleurs en dehors de sa série, elle n’allumait que rarement leur télévision.

Elle ré-ajusta sa coiffure et alla à la rencontre de son mari.

« Ouii!Tu as passé une bonne journée ? Tu rentres tôt aujourd’hui» lui lança t-elle, tout sourire.

« Pas mal. Tu m’as manqué. » Fouzia sourit de plus belle

« Baarakallahoufik. » Elle lui déposa un petit baiser sur les lèvres.

Lorsqu’il repartit pour se rendre à la mosquée, elle de son côté, sitôt sa prière terminée, elle se ré-installa devant son écran tv, et retrouva Rodrigo et Conchista pour un 2ème épisode.

Qu’est-ce qu’il était romantique ce Rodrigo quand même. Et tellement beau!avec son regard ténébreux. Il venait d’offrir une douzaine de roses blanches à Conchista…elle se rappela sa boîte de bonbons nutellea. Un jour ,que son mari était rentré du travail, et qu’elle avait vu ces friandises, ça avait été plus fort qu’elle, elle s’était énervée.

“Tiens je t’ai ramené…”

“oui je sais des bonbons nutellea. Tu pourrais pas m’offrir autre chose? Tu te plains que j’ai pris du poids..c’est pas comme ça que je vais en perdre! »

C’était toujours mieux que rien mais quand même!Depuis qu’elle était mariée à Aadil, il n’y avait pas un jour qui était passé et qu’elle se demande quand est-ce qu’il allait lui offrir un cadeau digne de ce nom. Une attention romantique. Elle lui avait bien glissé un mot ou deux mais pas moyen. Les dîners aux chandelles,les cadeaux et tout le tralala ce n’était pas son style.

En tout cas le message était passé, car depuis son mari ne lui avait plus offert de bonbons nutellea..ni autre chose. Et elle se rendit compte que cette petite attention, lui manquait.

Elle regarda Rodrigo qui fou de joie attrapa Conchita qui avait accouru dans ses bras.

Fouzia, sentit son cœur se pincer de tristesse. Son mari à elle était moins démonstratif. Plutôt du genre terre à terre. Elle soupira, il n’y avait aucune passion dans leur relation.

 

Le lendemain, en déposant son fils à l’école privée musulmane, alors qu’elle s’installait derrière son volant, elle entendit toqué sur sa vitre. Une jeune femme voilée, lui faisait coucou en souriant de toutes ses dents. Fouzia passa de la surprise à une joie débordante. Il s’agissait de Ranya,une ancienne amie de fac.

Le jour suivant, Fouzia se rendit chez son amie qui l’avait invité à prendre le thé.

Pendant qu’elle conduisait, elle se dit que le quartier était huppé, et cela était visible aux luxueuses voitures qui stationnaient devant certaines maisons.

Elle arriva enfin devant un portail imposant, elle su qu’elle était arrivée grâce au numéro qu’on lui avait indiqué. L’interphone était équipé d’une mini caméra dernière technologie.Elle sonna, une voix douce lui répondit et aussitôt le large portail s’ouvrit sur une magnifique demeure criante de modernité. Impressionnée et gênée devant tant de luxe, Fouzia s’engagea dans l’allée et marcha jusqu’à une grande porte vitrée. Au travers elle vit son amie qui accourait vers elle .

Elle se saluèrent, heureuses de se retrouver.

-”Entre vite et installes-toi au salon.

En s’installant dans le grand et confortable canapé couleur crème, impressionnée, elle embrassa du regard la pièce dans laquelle elle se trouvait. Le “salon”faisait son appartement entier, songea Fouzia. Sol en marbre, déco moderne et recherchée. On se serait cru dans un épisode de “les tropiques de la passion”.

Au bout d’un moment, Fouzia voulu rejoindre Ranya, elle traversa un long vestibule, et finit par trouver son amie affairée dans une immense cuisine équipée d’un électroménager dernier cri. Elle sortait du four des petits gâteaux, qu’elle disposa ensuite sur un joli plateau doré. “C’est génial, chez toi macha Allahumma barik”

“Merci, tu sais c’est mon mari, il est homme d’affaire et conclut des contrats dans plusieurs pays des émirats.”

Elle raconta qu’ils s’étaient installés dans leur demeure très peu de temps après s’être mariés. Mais la walima avait été très modeste puisqu’ils l’avaient fait à la mosquée. “C’est ce que j’aime chez lui. Malgré, son niveau social et sa fortune, il reste quelqu’un de très modeste macha Allah”, poursuivit Ranya.

Le bruit de la porte les interrompit. ”As salamou ‘alaykoum!T’es là Ranya?”

Fouzia vit le visage de son amie s’illuminer. “Il est rentré. Je reviens dans une minute, tu peux te servir incha Allah.”

Après le départ de Ranya, Fouzia enfourna un petit gâteau. “hum c’est bon” De l’autre côté elle entendit son amie crier de joie.

Ô baarakallahoufik!Tu es trop gentil !

Fouzia ne put s’empêcher de réprimer un petit pincement de jalousie.

 

“Une maison top, un mari top qui lui offre des cadeaux magnifiques macha Allah”

« c’est vraiment joli, j’aime beaucoup! »

Quelques minutes plus tard, Ranya réapparut, les joues roses d’émotion. Elle tenait dans ses mains, une boîte cartonnée dans laquelle se trouvait des ronds de serviettes en bois vernis et dorés. Perplexe, Fouzia la regarda les disposer avec minutie dans le tiroir de l’un de ses meubles de cuisine. “Et ce merveilleux cadeau, il est où?”

“Ben, c’est ça!”. Fouzia ouvrit des yeux ronds, “tu veux dire des ronds de serviettes?”

“oui, j’aime énormément la décoration de table, et plus spécifiquement les ronds de serviettes, très pratique quand on reçoit des invités” conclut-elle souriante, devant la mine amusée de son amie.

“tu rigoles mais ça représente beaucoup pour moi. Pas les ronds de serviette mais surtout le fait qu’il ait pensé à moi à son retour du travail qui est tellement prenant. C’est une belle attention, je trouve.”

 

Sur le chemin du retour, Fouzia repensa à la scène, puis à ses bonbons nutellea que lui offrait son mari. En général, il n’était pas trop démonstratif et ce n’était pas avec cette délicate attention qu’elle allait perdre ses kilos en trop…Mais il pensait quand même à elle.

En se souvenant que ces bonbons étaient ses préférés.

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“Elle, elle a tout, elle pourrait avoir plus mais elle est juste contente quand elle reçoit des ronds de serviette macha Allah…je devrais peut être me montrer plus enthousiaste quand mon mari m’offre des bonbons nutellea”, se dit intérieurement, la jeune femme. Elle re-pensa avec tristesse à la fois où elle avait fait une scène à son mari et rejeter le cadeau qu’il lui avait fait.

Le soir, venant, lorsqu’elle entendit la clé tourner dans la serrure, elle se précipita dans l’entrée et accueillit son mari en se jetant dans ses bras. Il rigola, “j’ai fait quelque chose d’extraordinaire ou quoi?”

« Oui et non ».sourit-elle. “Je voulais m’excuser de ne pas m’être montré reconnaissante, la dernière fois. ça me manque que tu ne m’offre plus tes fameuses boites de bonbons…même si je dois avouer que j’aimerais que tu varie un peu.”

“Tu n’as pas à t’excuser, c’est vrai que je devrais m’investir un peu plus incha Allah…d’ailleurs je me suis bien aperçu que tu étais un peu triste ces derniers temps…”il sortit un boite de bonbons nutellea “t’inquiète ça c’est pour moi, j’ai mangé ceux de la dernière fois avec des frères, c’est pas mal en fait. Et ça, c’est pour toi! »

Il sortit un petit écrin, dans lequel se trouvait un fin bracelet en or. “Y’avait des soldes , alors j’ai pensé que ça te plairait.”

“Rodrigo peut se rhabiller”se dit la jeune femme.

Elle sentit son coeur transporté de joie et d’amour et serra son mari dans ses bras.

Le lendemain, elle écoutait son amie effondrée, au téléphone.

 

“Tu vas t’en remettre, t’inquiètes pas, je sais que c’est très dur mais demande à Allah de te faciliter, ce n’est qu’une épreuve..”

Fouzia avait invité Ranya à venir dîner chez elle. Mais la jeune femme qui avait accepté l’invitation n’était pas venue, inquiète, Fouzia l’avait alors appelé et trouvant son amie dévastée, elle avait dû insisté pour que finalement celle-ci accepte de la recevoir chez sa mère. Une fois arrivée, elles avaient surtout échangé des banalités mais c’est lorsque Fouzia lui avait montré des ronds de serviettes achetés chez Ikéa, que Ranya avait fondu en larmes d’une manière hystérique.

Elle lui avait raconté entre 2 sanglots, que son mari l’avait arnaqué. Il n’était pas homme d’affaire mais agent immobilier. La maison dans laquelle tous deux s’étaient installés appartenait en fait à un riche propriétaire qui s’était installé à l’étranger. Laissant la maison en vente et aux bons soins de l’agence dans laquelle travaillait son époux. Ce dernier avait tout simplement effacé les références de la maison des fichiers de l’agence, la déclarant comme n’étant plus à vendre. Et il correspondait directement avec le propriétaire, l’informant de visites fictives. Sauf que…un jour, le proprio qui ayant changé de portable et avait par la même occasion perdu le numéro du mari de Ranya, téléphona directement à l’agence.

Découvrant le subvertuge , le patron et le propriétaire se déplacèrent en personne jusqu’à la maison de ce dernier.

“Et là, ils ont d’abord cru que j’étais une femme de ménage…J’ai d’abord pensé faire croire que je parlais pas français et que je travaillais comme aide ménagère mais je me suis dis: c’est pas le moment de perdre la soutien d’Allah… Puis ils ont appelé la police. “

-“J’ai négocié moi-même auprès du propriétaire pour qu’il abandonne les charges contre mon mari…hamdoulillah”

-Et là,tu vis où?

-Ici,chez ma mère.”

 

Choquée, dégoûtée et profondément peinée pour son amie, Fouzia passa un bras autour des épaules de Ranya, glissant discrètement la boîte de ronds de serviettes sous la table basse .

Celle-ci se tourna vers elle, les yeux bouffis et rougis par les larmes.

« Et tu sais quoi ?

-Quoi ?

-J’ai cru que j’avais épousé un Rodrigo, mais en fait, j’ai été stupide, dans la réalité, Rodrigo ,n’existe pas ! »

 

Morale : Apprend à déceler les bienfaits que Allah t’accorde, aussi minimes soient-ils, et soit reconnaissante pour cela.

« Et si vous comptez les bienfaits d’Allah, vous ne saurez pas les dénombrer. Car Allah est pardonneur et Miséricordieux. »