Karim était heureux hamdouillah. Chaque fois qu’il sortait, il songeait à sa p’tite femme et se disait qu’il avait hâte de la revoir. Et lorsqu’il rentrait il se réjouissait de la voir. Et puis il ressortait pour aller voir 2 ou 3 amis. Et il se sentait fier car  contrairement à ses amis, lui sa femme ne l’appelait jamais lorsqu’il était de sortie entre potes.

Il n’avait pas à entendre ses jérémiades ou des phrases assassines parce qu’il était en retard pour le dîner ou parce qu’il était tard et qu’il fallait rentrer,etc.

Et puis, lui sa femme elle faisait, tooouut mon frère :

A manger, le ménage, elle récurait, lavait, repassait, reprisait…et qualité rare de nos jours… se taisait. Elle était trop maacha Allah.

Mais l’autre jour de ramadan ,elle lui a dit :

« -Karim, j’aimerais bien que tu me donnes un coup de main parfois, parce que vraiment j’suis fatiguée et tu fais pratiquement rien »

La première pensée qu’il eut c’est : « elle a changé, elle m’a dit la dernière fois qu’elle avait revu sa cousine de Trappes, elles sont trop dangereuses les sœurs là-bas, on m’a même dit qu’elles étaient biizzares ! »

Avec un grand effort, il maniait maladroitement l’ouvre-boîte. Des haricots rouges et du saucisson sec, c’était son repas du soir.

« Cette cousine…Qu’elle s’occupe de son foyer, celle-là ! » songea-t-il, énervé  en coupant son saucisson halal en petits morceaux.

Sauf que Faiza avait recommencé, un matin, au cours du ftour.

Et puis encore une autre fois. Il n’allait certainement pas supporté ça durant tout le mois…aah non.

Là il avait fait preuve de pédagogie :

-« écoutes, avant tu me disais pas tout ça mais qu’est-ce qui t’arrives ?J’comprend pas. Tu fais pas grand-chose pourtant. Moi je suis dehors dès 5 du mat’, je finis à 18h00, t’imagine ? C’que tu fais, je peux le faire, c’est pas compliqué mais j’ai paaas le temps Faiza. Et ça tu dois l’accepter.

-Ok. J’accepte. Pardon. Est-ce que je peux aller chez ma famille un temps ?

Aah, là il avait été content de retrouver sa ptite femme.

-oui, bien sûr. Va te reposer, je gère, lui avait-il répondu ce soir-là.

Il renversa le contenu de sa boîte de conserve dans une casserole posée sur le feu. Et ouvrit le frigo…il restait une canette de soda, un yaourt et des oeufs.

Habituellement c’était sa femme qui faisait les courses mais là, elle n’était pas à la maison depuis une semaine.

Le lendemain de leur discussion, il était rentré après le travail. Et avait trouvé un bon plat de couscous qui l’attendait, et son gâteau préféré. Le 3 ème jour, il avait mangé un grec, puis celui d’après aussi. Et puis un de ces potes l’avait invité à manger une pizza pour la rupture du jeûne. Il en avait même ramené une à la maison. Et franchement après des jours de fast-food pour le ftour, il saturait. Il avait donc tenté de cuisiner. Et pour la première fois de sa vie avait coupé un oignon…et parce qu’à cet instant il avait les yeux qui piquait, il s’était entaillé.

Il n’avait plus de sous-vêtements propres, idem pour les chaussettes. « faudrait faire une lessive se dit-il en cherchant une fourchette dans l’évier rempli de vaisselle sale.

Principalement des bols et des couverts car trop la flemme de laver après le ptit dèj’. Sa femme, elle, faisait la vaisselle après chaque repas. Il senti une légère odeur de brûler et se rappela soudainement la casserole de haricots, qu’il enleva précipitamment. « Légèrement cramés mais mangeables, hamdoulillah ».

Elle lui manquait et s’il n’appelait pas, elle ne le faisait pas. Lorsqu’il l’avait au téléphone, elle était froide et brève. Rompre le jeûne, passer les soirées de ramadan sans elle, c’était limite déprimant. Il songeait à présent à certains de ses potes qui rentraient auprès de leur famille après la prière du taraweeh.

Après son dîner, il rassembla chaussettes et sous-vêtements et les engouffra dans la machine à laver.

Il sortit une grosse bouteille de lessive du placard situé sous l’évier. « bon, j’met quelle quantité ? »

Sans s’attarder sur les prescriptions, il versa une généreuse dose de lessive.

« huum, quel programme ?coton blanc 90°, nickel..comme ça mes chaussettes redeviendront blanches incha Allah.

Il regarda le lave-vaisselle.

« -Karim, on pourrait acheter un lave-vaisselle s’il te plaît ?ça me faciliterait beaucoup ! »

Quand sa femme le lui avait demandé,il avait vu ça comme un caprice.

«-pourquoi t’as besoin de ça ? Moi,ma mère, sa vaisselle elle l’a toujours faite à la main et elle en est pas morte hamdoulillah !Vous les femmes d’aujourd’hui vous pleurez à la moindre occasion. »

 

Son regard se porta sur l’évier. « Finalement le lave-vaisselle ce serait pas si mal »se dit-il. « Bon..faut faire fonctionner la machine à laver maintenant. Y’a trop de boutons ! ».  Direct, il commença à composer le numéro de téléphone de son épouse…et raccrocha de suite.

Il préféra aller se coucher, rien que d’y penser…ça lui donnait mal à la tête. « j’ai dis que je gérais ?Je gère rien du tout »et accablé de nouveaux soucis, il s’endormit difficilement.

L’adhan émit par son réveil, le tira de son sommeil. Karim se leva pour se laver et accomplir ses ablutions. Puis après la salat,il alla sortir son linge…pour constater que le tout avait rétréci !

« ah mais non !!C’est pas vrai !! « . Il partit à son travail pieds nus dans ses baskets.

De retour du boulot, la maison vide et désordonnée le déprima.

Il pensait à sa femme qui chaque jour s’activait dans leur foyer…finalement, bien qu’il ne s’imaginait pas le lui confier, mais sans elle, il se sentait perdu. Il appela sa mère dont il était très proche. Elle était un modèle pour lui, une femme forte et courageuse. Et c’est sans peine qu’il lui confia ce qu’il ressentait.

«Tu me rappelle ton père. Il ne nettoyait ni ne rangeait rien, de rien. Si j’en faisais autant c’était pour la satisfaction d’Allah et maintenir l’harmonie dans le foyer. C’était très dur, Karim. Mets-toi un peu à la place de Faiza. Que penses-tu de ce hadith ?

Aicha رضي الله أنها :

 

 » Que faisait le prophète صلى الله عليه وسلم  chez lui ?

Elle dit :  » C’était un homme comme les autres : Il nettoyait ses vêtements, trâyait ses bêtes et s’occupait seul de sa propre personne. »

Etre un homme mon fils, ce n’est pas seulement ramener l’argent du foyer et attendre que l’on te serve ton repas ! Sois comme le prophète صلى الله عليه وسلم  avec ton épouse. Aides-là comme tu peux et le peu que tu feras la rendra heureuse incha Allah. » Lui avait dit sa mère.

Ce à quoi il avait répondu : « tu as dit la même chose à papa ?

Sa mère rigola.

-Oui et il a fait ce qu’il pouvait : il n’a plus jamais laissé traîner ses chaussettes sales dans la maison, il les mettait directement dans le panier de linge et se rattrapait en étant un mari attentionné. Qu’Allah lui fasse miséricorde, amine.

-amine. »

« Demain je vais aller chercher Faiza, se dit-il » tout en nettoyant et rangeant la maison.

Et le lendemain, il se rendit chez ses beaux-parents avec un bouquet de fleurs que sa belle-mère lui prit des mains pour le déposer dans un vase. Puis, elle disparu dans le couloir non sans lui avoir lancé un regard dédaigneux.

Installé sur le canapé, crispé et nerveux, il attendit impatiemment sa femme.

Au bout d’un long moment son beau-père avait débarqué, encadré de ses 2 fils. Cela ajouta à la gêne de Karim.

Son beau-père et ses deux beaux-frères qui étaient impressionnants de par leur taille, l’avaient regardé fixement, l’air menaçant. La dernière fois qu’ils s’étaient vus, c’était autour d’un bon repas et dans la rigolade. Là apparemment l’ambiance était un peu chargée…

Il avait alors difficilement avalé sa salive et c’est la langue sèche qu’il avait articulé et bégayé d’une toute petite voix : « Bonj…euh jveux dire salam alaykoum, vous allez bien ? »

Ils l’avaient observé longuement avant d’acquiescer. Son beau-père avait pris la parole.

Et de toute la scène, karim avait gardé en tête juste cette phrase :

– Je t’ai confié ma seule fille. Il faut bien la traiter, tu as compris ?

-ou..oui,oui bien sûr.

Alors le vieil homme appela sa fille, qui apparut dans l’encadrement de la porte.

Ils se regardèrent.

-Salam alaykoum, je t’ai ramené des fleurs. »

Elle esquissa un sourire : « Wa ‘alaykoum salam. Oui je sais, ma mère m’a dit. Baarakallahoufik »

Ils partagèrent le ftour offert par la mère de Faiza, puis de retour de taraweeh, ils rentrèrent chez eux.

Toute la journée, il avait rangé et nettoyé et laver ce qu’il y ‘avait à laver. Revigoré par la volonté de satisfaire Allah en ayant un meilleur comportement avec sa femme.

Le Prophète Muhammad صلى الله عليه وسلم  a dit : « Celui qui n’est pas reconnaissant envers les hommes ne l’est pas envers Allah non plus. »

Ils étaient mariés depuis un an. C’est vrai qu’il n’avait jamais montré à sa femme à quel point il lui était reconnaissant de tout ce qu’elle faisait pour lui. Mais à présent ça allait changer incha Allah.

Pour son retour, Karim lui avait concocté un petit repas : des pâtes collantes et du poisson pané légèrement crâmés. Faiza l’avait félicité et avait rangé le plat au frigo en promettant qu’il le dégusterait le lendemain soir…

Puis ils étaient allés s’installer dans le salon.

« -Je t’ai gardé quelque chose.

Sa femme le regarda avec curiosité et amusement.

-Ah oui ? Et c’est quoi ?

-taaadaam

Il découvrit un grand cookie enveloppé de papier alu, façonné maladroitement en forme de cœur.

Aussitôt, Karim vit un magnifique sourire s’épanouir sur les lèvres de son épouse, touchée par sa délicate attention.

« -Aujourd’hui, plus que jamais j’ai réellement compris le sens de ce verset : {Elles sont un vêtement pour vous et vous êtes un vêtement pour elles}.Je suis ton vêtement et tu es le mien. Poursuivit-il.

Elle appréciait qu’il ait laissé de côté ses airs de macho pour lui montrer sa sensibilité. C’était la chose la plus jolie qu’il ne lui ait jamais dite et cela ne faisait que renforcer les liens qui l’unissaient à lui.

-Je voulais aussi m’excuser.Tu fais beaucoup à la maison, je l’ai vu que quand tu n’étais pas là. Alors j’vais t’aider, je ferais de mon mieux.

-Ok je suis contente que tu reconnaisse ma valeur, dit-elle, avec une fausse fierté. Mais je continue à faire les repas incha Allah parce que si on finit le mois comme ça…ça risque d’être dur, dit-elle en rigolant.

Ils s’enlacèrent et mangèrent le cookie qui bien que extrêmement croquant et même salé, quoique presque bon…euh… non, finalement.

Faiza le déposa sur le bord de l’assiette et réconciliés, elle et son époux profitèrent des heures qui les séparaient de Fajr pour regarder des rappels et se reposer.

« Il y’a parmi Ses signes qu’Il a crée pour vous à partir de vous-même des épouses, afin qu’auprès d’elles vous trouviez l’apaisement ; qu’Il a établi entre elles et vous affection et miséricorde. En quoi résident des signes pour un peuple capable de réfléchir. » [S30, V. 21]