femme musulmane

Ce mois-ci nous accueillons, une invitée et lectrice du blog, qui va nous parler de son parcours en tant que musulmane.

Il y’a un an , j’ai fait la connaissance via la page Fb, d’une soeur qui m’a particulièrement touché de par son implication dans l’apprentissage de sa religion. C’est au cours d’un challenge lancé sur le site MSH, que j’ai voulu en savoir plus sur son parcours, qui m’a rappelé des anecdotes datant de mon entrée dans l’Islam. Et finalement, j’ai constaté que l’on soit fraîchement converti ou née dans une famille musulmane, nos épreuves, no espoirs ne sont pas si différents les uns des autres.

As salamou ‘alaykoum oukhty

Pourrais-tu te présenter aux lectrices du blog ?

Assalamu ‘aleikoumu wa rahmatullahi wa barakatuhu, lectrices de MSH,

Je m’appelle Eléa, j’ai 23 ans depuis quelques jours (jeune femme, je suis !). Après 2 ans d’arrêt dans mes études, je suis à nouveau étudiante: je suis en première année de Sociologie, par l’intermédiaire du SED (Service d’Enseignement à Distance) de l’Université Jean-Jaurès de Toulouse. Ma réorientation a pris du temps : j’avais besoin de redéfinir ma trajectoire avec plus de réflexion et surtout j’avais le besoin vital de me retrouver en tête-à-tête avec moi-même, au calme. Dès lors, je suis retournée vivre chez ma mère et mon beau-père. Du Sud-Ouest, laissant derrière moi famille ( mon père, mes tantes et oncles, cousins et cousines) et amis,  direction Saint-Raphael avec aujourd’hui 2 ans d’ancienneté  … Que de changement depuis !

As-tu toujours pratiqué ta religion ? Si non pourquoi ?

Est-ce que j’ai toujours pratiqué ? Non… -Je demande pardon à Allah pour mes manquements et ce temps si précieux que j’ai laissé filer-.

J’ai toute ma famille paternelle qui est musulmane. La majorité est au Maroc. Mon père et une de ces soeurs sont venus vivre en France. De l’union de ma tante avec son mari, j’ai six cousins. Donc, ici, en France, je ne suis pas seule. Au Maroc, je vous parle pas même pas : mon père a 8 frères et soeurs ont engendré beaucoup de cousins et de cousines, qui ont engendré eux aussi pleins de bébés cousins et bébés cousines. J’ai du stock côté famille musulmane.

Pour resituer la situation : mes parents sont divorcés. J’ai toujours été sous la responsabilité et ai toujours vécu avec ma mère , qui est baptisée chrétienne mais athée. Mon père est musulman et était très peu pratiquant.

Ce patrimoine familial m’a permis d’apprendre les bases de la croyance et de la religion. Mon père, ma grand-mère et mes cousines du Maroc me parlaient souvent d’Allah, de l’islam. Ca m’interpellait sur le moment mais c’est tout. Néanmois, entre christianisme et islam,  j’ai toujours eu cette aspiration vers le divin : Dieu était là. Mes réflexions aussi minimes soient-elles me tendaient à croire que M. Hasard n’existe pas et surtout que l’être humain mis sur cette Terre avait un but, une mission à accomplir, et j’étais certaine de cela.

L’islam plus que le christianisme, pourquoi ? Du simple fait que, depuis le début, même si l’enseignement n’était pas stricte , plutôt informel, au fil d’une discussion et de questionnements,  ma famille musulmane a pris le temps de me faire part de l’importance qu’avait Dieu. J’ai appris mes premières sourates, j’étais gamine, je m’en rends compte aujourd’hui, après “ma révélation”.

Donc, la croyance en Allah m’a toujours inspirée. Cependant, mon environnement et mes repères n’avaient rien à voir avec la religion et mes préoccupations étaient ailleurs : elles étaient ici à courir après les réussites scolaires, l’amour, les amitiés de jeunesse, le plaisir sans mesure. J’avais le sentiment de profiter mais je me posais en parallèle toujours la question : au final, tout ça , pourquoi faire ?

J’ai vécu 20 ans sans Allah au coeur des mes journées, de mes actions et de mes pensées. Jusqu’il y a 2 ans… Et depuis, tant de choses ont changé!

Qu’est-ce qui t’a motivé ?

Motivée ? Non, je dirais plutôt inspirée. Il n’y a pas d’événements ou de paroles « déclics ». J’étais toujours en quête de ma place et mon objectif sur cette Terre et pour cette Terre. J’avais foi, en ce qu’Allah avait mis en moi comme trésors, je voulais les trouver et les faire briller, et je me devais de Le remercier. Seulement, ma vie a été un peu « brouillon ». Mon environnement n’était pas propice au spirituel, au religieux, à Dieu. Du coup, j’étais comme dans un étau : la vie avec Allah/MOI/la vie sans Allah.

Je pense que les éléments déclencheurs ont été, cette année-là, les discussions avec une amie fidèle, qui est une chrétienne catholique aimante de Dieu; les discussions avec deux autres personnes que j’ai connu à la fac : Oussema et Famara, deux musulmans, peu pratiquants mais soucieux du temps qui passait et concernés par ce sentiment de se rapprocher d’Allah; et les discussions avec un de mes six cousins, Mohcine qui s’est vu révélé sa foi en Allah.

Le tournant, sans être brutal et effectif immédiatement, s’est produit il y a 2 ans. Constat , vie paradoxale : mes actes ne sont pas le reflet de ce à quoi mon coeur aspire. Je le vois comme cela : désespérée et repliée sur moi-même, je tournais en rond dans un cercle vitieux que j’avais crée. Je posais les questions mais je ne cherchais pas les réponses : passive…

J’étais face à un mur.

SubhanAllah, ce mur s’est avéré être une porte. -Aujourd’hui, d’ailleurs, je suis certaine que tous les murs sont des portes. Suffit d’être attentif, par la volonté d’Allah-.

As-tu l’encouragement de ta famille ?

Je suis de nature  plutôt réservée. Je suis revenue (parce que née musulmane, en fait) vers Allah, seule. Je voulais que ce retour soit intime et personnel. Je sentais aussi que ça allait faire des tumultes, côté pas musulman de la famille. “Et pourquoi ? Et comment ?” J’étais pas prête à répondre avec fermeté et forte conviction. Il fallait que j’en sache plus sur Allah, sur la religion. Alors, au début, j’ai juste « annoncé » comme ça, entre deux phrases, “l’islam et moi, ça fait un, maintenant”. Au plus grand bonheur de mon papa, qui s’est réinvesti après cela dans sa relation à Allah : de me voir revenir vers Allah l’a fait percuté sur son parcours. MachaAllah !

Ma mère a tiqué au début, peur que ce cheminement ne soit pas personnel. Tolérante, et même si quelques fois, on ne se comprends pas, c’est dû au manque de communication, d’interrogations de sa part et d’explications de la mienne. Comme elle me dit :  » Du moment que tu es heureuse … « .

Quelles sont les difficultés que tu rencontres au quotidien ?

Donc, la famille, qu’elle soit musulmane, pratiquante ou pas, ou pas musulmane, n’a pas été un obstacle. La vraie difficulté a été la solitude. J’ai déménagé loin de ma famille et mes amis, loin du cadre traditionnel marocain et du cadre religieux aussi. Quitter la fac réduit les possibilités de fréquenter des gens de mon âge; travailler en hôtellerie, où la moyenne d’âge est largement supérieure à 25 ans, n’a pas aidé non plus et pour finir, pas de mosquée aux alentours…

La solitude me pèse encore… Mais, al hamdoulillahi, je vois peut-être une issue à cela : je suis inscrite dans une mosquée à une heure de chez moi, j’y suis des cours et je me suis liée d’affinité avec Nadira, une super maman qui vient apprendre comme moi l’arabe et sa religion.

Je ne fréquente personne comme ami au quotidien. Les seules amies que j’ai se comptent sur les doigts de la main et vivent loin moi.

Socialement, c’est une frustration. Islamiquement, c’est un frein. Je vous laisse méditer le terme « communauté » ou « oumma ».

Aurais-tu des conseils à donner à celles qui hésitent à se convertir ou pratiquer la religion de leurs parents ?

Le premier serait d’apprendre à écouter son coeur. On a tendance, dans cette société moderne, a être freiné par le regard, le jugement des autres et  la pression qu’ils exercent sur nous. Si vous sentez que vous prenez la bonne direction, n’hésitez pas par peur d’inquiéter ou d’offusquer, pères et mères, famille et amis, allez-y. Allah est le Tout Miséricordieux, le Tout Puissant, le Protecteur et Il aime Ses serviteurs. Soyez sûrs que, si vers Allah vous allez, c’est la meilleure décision et le meilleur (même le seul) chemin qui vous mènera vers le bonheur. Le bonheur, le vrai, c’est-à-dire, l’accomplissement de soi, la satisfaction, la réussite d’avoir réalisé sur cette Terre quelque chose d’utile, de pur et sincère pour Allah et les générations futures.

Le deuxième serait de privilégier le collectif à la solitude. Pour l’épanouissement personnel, c’est important. Mais, surtout dans le cheminement vers Allah. Dans l’apprentissage, ne restez pas seul. Ne craignez pas de prendre votre place au sein de la communauté musulmane. Attention, on n’est pas au pays des Bisounours. A côté de la religion, les individus ont leur personnalité et c’est pas toujours facile de s’intégrer. J’insiste sur le fait qu’il faut faire la démarche. Se rapprocher d’une mosquée, d’une association ou autre, peu importe du moment que le groupe porte Allah dans son coeur et qu’Allah est au coeur de l’action.

Le dernier serait s’armer de patience et de résolution. Mon intention n’est pas de vous décourager mais de vous mettre dans le concret. Votre premier pas vers Allah annonce le début de la bataille. Allah va vous éprouver, vous tester de la manière qu’Il juge être appropriée. Mon père m’explique ça comme cela : “plus tu vas avancer vers Allah, plus ta foi va grandir, plus l’épreuve sera grande en intensité et en quantité, plus cette épreuve tu la passeras facilement, inchaAllah”. Pas de miracle, une récompense se mérite : Paradis = grosse récompense, grosse récompense = gros efforts et sacrifices.

Exemple de mon vécu : j’ai perdu une grande partie de mes amis et je m’en suis fait peu depuis. Moi qui ne supporte pas être seule. Je dois encore encaisser le coup mais c’est le prix à payer pour me rapprocher d’Allah. Un conseil dans un conseil : la fréquentation. « Mieux vaut être seul que mal accompagné ». On a le droit de vouloir n’être entouré que de certaines personnes et pas d’autres. On peut et on doit choisir ses alliés et son entourage. Finalement, de nos échanges, n’attendons-nous pas la solidarité ? D’être tirer vers le haut ? De l’écoute, de la compréhension, de la présence ?

 

Finalement, ces conseils ne sont pas les miens. On les hérite depuis des milliers d’années de Notre Seigneur -subhana ta’ala-, et de Notre Bien Aimé Prophète -sallallahou ‘aleyhi wa salam-.

Qu’Allah vous guide, vous préserve et vous accorde une vie de piété. Amine.

Qu’Allah te récompense pour le temps que tu nous a accordé Et qu’il te facilite au quotidien,amine.

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